Une collaboration impliquant notamment l’équipe 8 du Centre de Recherche en Cardiovasculaire et Nutrition (C2VN), vient de publier une avancée majeure dans le traitement de l’érythermalgie primaire (ou érythromélalgie), une maladie rare et invalidante. Grâce au repositionnement d’un antihistaminique ancien, la mépyramine, les chercheurs ont développé une crème topique capable de soulager efficacement la douleur et les symptômes inflammatoires chez des patients résistants aux traitements conventionnels.
Une maladie rare, une souffrance quotidienne
L’érythermalgie primaire se manifeste par des crises de douleur brûlante, des rougeurs et une chaleur intense au niveau des mains et des pieds. Ces symptômes, souvent déclenchés par la chaleur ou l’effort, peuvent devenir permanents et rendre les gestes du quotidien insupportables. La maladie est liée à des mutations du gène SCN9A, qui code pour le canal sodique Nav1.7 – un « interrupteur » neuronal devenu hyperactif, envoyant en continu des signaux de douleur au cerveau.
Jusqu’à présent, les options thérapeutiques étaient limitées : les antalgiques classiques sont souvent inefficaces, et les opioïdes, bien que parfois utiles, entraînent des effets secondaires lourds.
Le repositionnement d’un médicament : une solution inattendue
Les chercheurs ont exploré une approche originale : recycler un médicament existant. Leur choix s’est porté sur la mépyramine, un antihistaminique utilisé autrefois contre les allergies. Les tests en laboratoire ont révélé que cette molécule agit directement sur les canaux Nav1.7, réduisant leur hyperactivité et, par conséquent, la douleur.
Appliquée sous forme de crème topique, la mépyramine cible spécifiquement les zones douloureuses, évitant ainsi les effets indésirables systémiques. Les premiers essais cliniques, menés sur des patients porteurs de mutations confirmées, ont montré :
- Un soulagement rapide et durable de la douleur.
- Une diminution significative des rougeurs et de la sensation de chaleur.
- Une amélioration notable de la qualité de vie, permettant à certains patients de retrouver des activités simples (marcher, porter des chaussures, pratiquer un sport).
« Ces résultats illustrent comment une meilleure compréhension des mécanismes de la douleur peut conduire à des traitements ciblés, mieux tolérés et rapidement applicables en clinique. »
Patrick Delmas, Directeur de recherche CNRS et membre de l’équipe 8 du C2VN.
Perspectives : vers une médecine de précision
Cette découverte ouvre des perspectives prometteuses, non seulement pour l’érythromélalgie, mais aussi pour d’autres douleurs neuropathiques liées à des dysfonctionnements des canaux sodiques. Elle démontre également l’intérêt du repositionnement de médicaments, une stratégie plus rapide et moins coûteuse que le développement de nouvelles molécules.
L’étude, publiée dans la revue Frontiers in Medicine, souligne l’importance de la recherche fondamentale pour identifier des solutions thérapeutiques innovantes et accessibles.
Pour en savoir plus
- Article Infuse Aix-Marseille Université
- Communiqué CNRS-INSB
- Contact : Patrick Delmas (patrick.delmas@univ-amu.fr)


